“Mon Grand Frère”
Ce texte fut rédigé et lu par l’une de mes tantes, Andrée, petite soeur de mon père, à l’église lors des funérailles de celui-ci, le 7 mars dernier.
Si vous me trouvez morbide ou quoi que ce soit en publiant des photos ou des textes reliés à mon défunt père, sachez que moi ça m’aide. Rien ne vous oblige à lire.
Voici donc le texte:
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Mon grand frère
Je ne peux pas croire que je suis ici pour te rendre hommage aujourd’hui. On s’était pourtant dit qu’on avait assez donné puis que les funérailles c’était fini pour nous pour au moins 20 ans.
Mais la vie en a décidé autrement alors je vais profiter de cette journée pour te dire les choses que j’aurais dû te dire avant, mais la vie c’est comme ça. On attends toujours.
Aujourd’hui, j’ai l’impression de perdre plus que mon grand frère, j’ai l’impression de perdre mon père pour la 2eme fois. Tu as toujours été là, pour nous. Même si nous, les plus jeunes, tu nous surveillais de loin. Dans toutes les grandes douleurs, tu as toujours été mon roc, mon réconfort, mon pilier. Tu n’avais pas besoin de parler. Tu me faisais un petit signe de la tête puis je comprenais. Puis là je reste toute seule. Puis je trouve ça pas mal trop vite. Je n’étais pas prête. Mais on a compris ça, la vie continue.
Claude. J’ai cherché longtemps comment te rendre hommage. Je cherchais des mots pour traduire ce qu’on ressent depuis ton brusque départ. Douleur, tristesse, injustice, colère. Mais ça ne collait pas. Je n’étais pas capable de faire le lien avec toi, avec ta vie. Puis hier, quand je suis allée te voir, je t’ai regardé, je t’ai parlé puis j’ai compris. J’ai compris que ces mots-là on les ressent mais qu’ils ne sont pas toi. Ce n’est pas ce qui nous reste de toi.
Non, ce qui va nous rester de toi c’est:
Ta musique. On ne peut pas te dissocier de la musique. Personne ne pourra jamais écouter Pink Floyd sans penser à toi.
Tes oiseaux. Ta façon de les faire parler, Charlie sur ton épaule.
Ton sourire. D’ailleurs, c’est la dernière image qu’on doit garder de toi. Tu es parti avec un petit sourire au bord des lèvres. Tu semblais presque nous dire, c’t'une joke.
Tu étais le mari, le père de famille, le grand papa. Le grand frère, le beau-frère, le grand chum, le gros nounours à maman. Tu étais mon oncle Claude, le plus vieux, le plus fort, le plus grand.
Finalement, Claude, tu étais la vie. Tu aimais la vie. Puis même s’il aurait fallu que tu prenne soin de toi, que tu ralentisse un peu, que tu te donne le droit de ne pas être fort tout le temps, ce n’est pas ça que tu as voulu. C’est pas ça que tu as choisi. Toi, tu n’avais qu’une vie à vivre et c’était comme ça ou rien.
T’as jamais aimé les grandes démonstrations d’émotions, les grandes cérémonies, les grands discours. Tu parlais pas beaucoup, mais quand tu parlais on écoutais. Alors j’ai l’impression que je t’entends murmurer en arrière de moi. Tu nous dis: Bon, c’t'assez. J’ai eu une maudite belle vie. J’ai eu une femme merveilleuse que j’aimais plus que tout. J’ai eu trois beaux enfants dont j’étais très fier. J’ai eu une petite fille extraordinaire. J’avais des frères et soeurs qui m’aimaient. Je faisais un travail que j’aimais, j’avais de bons amis. Oui, ça c’est fini trop vite, c’est sûr. Mais j’ai vécu comme j’ai voulu. Alors mettez de la bonne musique puis regardez en haut, je suis là puis je vous fait un clin d’oeil.
Alors on a pas le choix. On te laisse aller, mais pas sans te dire une dernière fois. On t’aime le grand, puis tu vas nous manquer en maudit.
Salut!
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JF
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