Hunting Grounds (2008)
Réalisé par Éric Bilodeau, le film raconte l’histoire d’un petit groupe de chasseurs qui, dans un monte futuriste où l’être humain – à l’exception d’une petite élite - est confiné dans un monde clôturé et ne connaît l’extérieur que par la réalité virtuelle, décident de sortir pour aller chasser dans la “vraie” nature.
Pendant ce temps, un groupe de scientifiques ont mis au point un produit liquide qui regénère le tissu humain. Suite à un accident, ce liquide sera déversé sur le sol à l’extérieur du labo, celui-ci ayant été construit sur un ancien cimetière…
Les morts revenus à la vie finiront par croiser le petit groupe de chasseurs, et une lutte sans merci s’ensuivra.
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Premièrement, je connais quelques acteurs et techniciens qui ont travaillé sur ce film. Je les ai connus à l’université. Dans certains cas je les connais très bien, dans d’autres cas, je les ai simplement côtoyés.
Malgré ça, je vais tenter du mieux que je peux d’être impartial. C’est pas facile quand on parle d’une oeuvre réalisée par des gens que l’on connaît, on a tendance à être téteux, mais j ‘vais tenter d’être neutre.
Deuxièmement, je suis vraiment content que quelqu’un ai eu le guts de faire un tel film au Saguenay. Ça n’a pas dû être facile, et il fallait croire en soi et en son projet pour y arriver, et pour cela je félicite Éric Bilodeau. Pour son courage, sa foi dans le genre, et son audace.
Ceci dit, je ne peux pas vraiment dire grand chose de positif sur Hunting Grounds.
Pourtant, je suis fan de séries B. Même de séries Z. Hey, j’aime certains films dans lesquels a joué Joe Estevez! C’est tout dire!
Mais Hunting Grounds, je ne sais pas… Je n’ai pas été emballé par le produit final.
Évidemment, je vais m’en prendre au fait que les acteurs jouent tous et toutes en anglais. C’est le gros problème. Je comprends, du point de vue scénaristique, cette décision. Dans le futur, le Québec a probablement été assimilé par les anglophones. Ça va, on s’en va vers ça dans la réalité.
Mais au niveau du jeu des acteurs, qui ne sont pas anglophones pour la grande majorité, ça les ralentit considérablement. Ça a un impact majeur sur leur jeu, ainsi que leur débit. Tous les personnages semblent parler sous l’effet de dépresseurs. Et j’exagère à peine.
Et ça ralentit considérablement l’action, aussi. Le film aurait pu, si joué dans la langue maternelle des acteurs, ne durer qu’un petit 45 minutes. Là aussi j’exagère à peine.
Il n’y a pratiquement aucune action, mis à part vers la fin. Le film, classé “science-fiction”, est plus un long drame psychologique qu’autre chose. Dès que les 5 chasseurs arrivent dans le petit chalet au milieu du film, une guerre de nerfs (et de mots) s’ensuit et dure un bon moment. Ce qui n’est pas une mauvaise chose, au contraire, mais faudrait savoir ce que le film veut être. Les quelques moments comiques du film sont trop rares et trop éparpillés pour cadrer avec le reste. C’est comme si le film passait 104 minutes à chercher son propre ton.
Quant aux effets spéciaux, ils laissent à désirer. Même pour un film de genre sans budget.
Les têtes qui explosent, c’est bien. Même très bien, mais j’aurais préféré avoir droit à plus d’effets “réels” que d’explosions par ordinateur. Du gore en CGI, ça reste du gore en CGI. Quand je voyais des couteaux entrer dans des crânes comme dans du beurre, je grinçais un peu des dents.
J’aime beaucoup de films au effets spéciaux médiocres. Médiocres, et comiques. Mais ici, ça ne lève jamais. Le côté humoristique de la chose n’est pas assez assumé, et les effets ont juste l’air cheaps. Ça donne l’impression de regarder l’intro d’un mauvais jeu de Playstation circa 1995.
Cependant, le message véhiculé par le film passe très bien. L’aliénation des gens par les environnements virtuels, internet, les jeux vidéos, etc. La perte de sensibilisation, le détachement d’avec la nature, etc. Tout ceci passe très bien. Le film fait une critique efficace de notre société actuelle.
Au niveau des acteurs, j’ai bien aimé Patrick Baby dans le rôle du pisteur psychopathe. J’aurais préféré qu’il soit plus “badass” encore. Mais je crois que, comme je viens de le mentionner, la langue créait une barrière et limitait de beaucoup le jeu des acteurs. Ceci dit, il avait la gueule de l’emploi, et s’en est fort bien tiré.
Même constat pour Patrice Leblanc et Marie-Ève Lemire; ce sont de bons leads, mais ils auraient tellement pu faire mieux, les connaissant.
Par contre, j’ai vraiment aimé le jeu du jeune Luc Rivard, qui était le seul – selon moi – à être vraiment à l’aise avec son personnage, ainsi qu’avec le genre et avec le bilinguisme de son rôle. Il se débrouillait fort bien, et avait la bonne attitude tout au long du film. Il semble comprendre le genre, plus que quiconque parmi ses accolytes. De plus, son costume dans le 3e tiers du film est vraiment cool!
Émilie-Gilbert Gagnon est relativement crédible en lieutenant de l’armée, mais on lui donne peu à faire. Dommage.
Pour ce qui est du jeu des acteurs secondaires, ça va de l’amateurisme au jeu correct.
Les paysages sont à couper le souffle tout au long du film. Bilodeau a vraiment l’oeil pour choisir les plans. Et son montage est très efficace.
Par contre, les dialogues refaits en post-production, ça enlève de la spontanéité au film. J’avais fait remarquer à Simon Boivin que c’est ce qui m’avait dérangé dans son film, 2027, et ici aussi ça m’a un peu dérangé, quoique c’est beaucoup moins prononcé.
La musique de Luc Tremblay est parfaitement adaptée aux différentes scènes. J’ai particulièrement aimé la petite mélodie lors du face-off sur le pont vers la fin, qui rappelait de toute évidence de célèbres westerns.
Comme je l’ai dit, je suis vraiment fier que ce film soit sorti du Saguenay. Il en fallait un qui le fasse en premier, pour que d’autres puisse suivre le chemin. Et je suis certain qu’on verra de bons films sortir de cette merveilleuse région.
Je ne crois pas que Hunting Grounds soit une très grande réussite, et bien sûr ce n’est que mon opinion personnelle. Je ne veux surtout décourager personne de voir le film, je vous fait part seulement de mes commentaires. C’est un film original et audacieux, mais à mes yeux, même si j’aime le genre, même si je connais le genre, ce n’est pas un film qui m’a emballé.
Mais ceci ne m’empêchera pas de défendre son existence. Je suis heureux qu’un tel film existe. Je suis heureux qu’un gars comme Éric Bilodeau ait eu la ténacité de se rendre au bout d’un tel projet, et j’espère de tout coeur qu’il ne s’arrêtera pas là. Car ça ne peut aller qu’en s’améliorant, et je suis certain que de grandes choses l’attendent.
L’horreur au Québec n’en est qu’à ses balbutiements, et ça fleurit d’année en année. Je suis content que des artistes travaillent à représenter le Saguenay dans ce genre cinématographique si riche mais si souvent regardé de haut, car la région fourmille de talents.
Hunting Grounds, dans ce sens, est un jalon d’importance considérable pour le Saguenay, qui ouvre la voie pour plusieurs jeunes artistes qui n’osaient peut-être pas croire que de faire de l’horreur en région était possible.
JF

ouan, c’est de la critique ça.
interressant.
En tous cas la bande-annonce vend très bien le film.
J’ai des doutes quant à l’explication de l’anglais chez les protagonistes… j’ai plus l’impression que c’était dans le but de vendre le film ailleurs. Je pense que le film aurait dû assumer sa provenance, pas pour des raisons politiques, mais juste pour des raisons de qualité, comme en témoigne ce que toi tu dis.
Je n’ai pas vu le film et j’ai bien hâte… ta critique ne m’a pas enlevé le goût de le voir, loin de là. J’ai bien hâte qu’il sorte en DVD
Si jamais tu étais au courant d’autres screenings dans la région ici, laisse-le moi savoir!!
Quoi qu’il en soit, comment as-tu trouvé l’expérience de “ne pas avoir grand chose de positif à dire”?
Perso, je trouve la bande-annonce endormante, sans aucune vigueur.
anyway..
je suis conscient que la raison pour l’anglais est l’exportation du film. Mais j’essayais d’être gentil et de trouver une justification dans le scénario…
et pour ta question.. et bien, c’est pas évident, mais j’ai pas trop trop hésité. J’ai l’habitude de donner mon opinion sur tout plein de films ici, et ça fait longtemps que certaines personnes veulent que je vois Hunting Grounds, alors j’ai décidé d’écrire ce que je pensais.
J’ai juste peur d’attiser la colère de gars comme Simon Boivin ou Éric Bilodeau, que je respecte énormément tous deux (je ne connais pas Éric personnellement, mais je suis ami avec Simon). J’ai pas bitché le film, j’ai juste dit ce que je pensais. Ma crainte c’est que ça soit mal interprété.
Mais bon, on peut pas penser pour les autres, et j,ai le droit de dire ce que je pense. C’était sans aucune méchanceté, et j’ai même dit plein de choses positives.
On verra si je vais me faire crucifier.. Mais je pense pas.
JF
Salut JF.
Merci beaucoup de parler du film, c’est très apprécié. C’est sincère.
D’abord, je trouve que tu a fait un bon portrait de ton appréciation du film, merci d’avoir pris le temps de faire une critique aussi complète bien articulée et très correcte. On a pas eu droit aux commentaires du type “c’est de la marde, n’allez-pas voir ça” sans argument. Beaucoup de points que tu soulève sont typiquement locaux et c’est vraiment intéressant.
La langue, entre autres, n’a soulevé aucun problème (ou critique, que ce soit) aux Etats-Unis, en Allemagne ou en Argentine, même au Canada anglais, c’est surtout ici que la barrière linguistique ne passe pas super bien et c’est compréhensible: nous voyons (et entendons) des francophones qui parlent en anglais et plusieurs ont un accent (ce qui est normal), comme quand il y a un espagnol qui parle en anglais, ou un allemand, il a un accent typique à la langue d’origine et c’est ce qui donne sa couleur, ça n’a rien d’exotique pour nous évidemment. Il y a une autre raison à la langue anglaise que l’exportation (d’ailleurs il y a des scènes françaises): Ici, au québec, quand il y a un anglophone dans un groupe, on se force à parler en anglais, c’est naturel chez nous et c’est extrêmement typique du Québec. En ce sens, la règle était simple pour moi: Si il y a un anglophone, la scène est anglaise, si non, elle est française. Cette règle était établie dès l’écriture des premiers jets de scénario et nous l’avons respecté.
C’est incroyable le nombre de différences d’une critique à l’autre, il y a définitivement une question de point de vue. Je ne rentrerai pas dans l’ensemble des détails, il y a beaucoup de critiques sur le net.
Si je me fie à la date de la critique, je dirais que tu as vu le film à SPASM. C’était une drôle de foule à SPASM. En plus, il y avait l’excellent film de mon ami Maurice Deveraux après le mien qui est, disons-le, très efficace et maîtrisé ce qui à tendance à dévaluer le miens à la baisse bien entendu si on compare
Ce film est, pour moi, le début de quelque chose, ce n’est pas une fin en soi, je n’ai pas voulu refaire l’histoire du cinéma avec ce film et les gens ont très certainement droit à leur opinion. Le but pour moi est d’éventuellement pouvoir produire ici, en région (d’ailleurs ce film c’est ça, il y a 3 personnes sur une équipe de 100 qui ne venaient pas d’ici). Pour moi, l’expérience des gens n’était pas importante, leur motivation était ce qui importait, qu’ils aient ou non déja joué dans des films ou travaillé sur des productions n’importait pas, le but était d’abord d’avoir du plaisir mais surtout de prouver qu’on pouvait le faire entièrement ici et ça, on l’a prouvé. Et les suites se tourneront aussi avec des gens d’ici. Hunting Grounds se voulait un véhicule pour nous faire voyager à l’extérieur de la province. Maintenant beaucoup de gens à l’extérieur du pays (et au Canada anglais) savent que le Saguenay existe et qu’il est principalement francophone, j’ai eu beaucoup de commentaires en ce sens. (un gars de Edmonton m’a même demandé si mon point de vue était séparatiste…
, j’ai trouvé ça très drôle).
Bref, je ne suis pas frustré ou fâché contre toi. Au contraire, je te remercie de ta franchise et surtout, d’avoir pris le temps d’en parler. Il faut que le film fasse parler, c’est ça sa mission, et permette de faire en sorte que d’autres projets se fassent ici. Et pour ça, il faut que les gens en parlent.
Merci!
Eric