Du grand Tarantino

Juste quelques mots pour dire que Inglorious Basterds de Quentin Tarantino, que j’ai vu hier à Fantasia (en présence de l’acteur/réalisateur Eli Roth) est probablement (je ne crois pas trop me tromper en disant cela) le film le plus accompli du réalisateur.
On assiste à un film d’un réalisateur qui a compris comment le médium fonctionne, il connait ses rouages, il a appris à les maîtriser (mieux qu’auparavant), et donc le film semble mené d’une main ferme et adroite. On sent, dans chaque scène, que Tarantino est là, tout près de nous, et nous raconte son histoire avec un sourire en coin. Il contrôle le tout. Il nous tient dès les premières secondes et ne nous lâche plus.
Tanrantino ne fait pas des films comme des vidéo-clips. Il ne monte pas son film comme un vidéo-clip. C’est l’une des choses que j’apprécie le plus. Dans le premier chapitre du film (qui en compte 5, plus palpitants les uns que les autres), on assiste à une conversation entre un paysan français et un colonel allemand, et la caméra est fixée sur trépied, ou se promène sur un “dolly”, doucement, lentement. On entend chaque son, les personnages prennent le temps de se servir à boire, de fermer une fenêtre, ou de fumer la pipe. On voit un papillon s’immiscer tout bonnement dans la scène. Tout est calme, le décor est superbe, le paysage à l’extérieur à couper le souffle.
Et l’angoisse monte d’un degré à chaque minute, dès que la caméra nous montre la famille juive cachée sous le plancher. On sent la nervosité du paysan, qui est obligé de faire la conversation avec le colonel, et qui espère voir celui-ci partir le plus vite possible, tout en sachant qu’il ne partira pas, car cet homme est un emmerdeur, un fouineur.
La scène est géniale. Le jeu des acteurs, impeccable. La tension est à couper au couteau.
Ce que j’ai aimé du film, c’est cette capacité à nous plonger dans une conversation et à nous la faire suivre comme si nous y participions. Un peu comme dans les autres films de Tarantino – ses longues conversations anodines sont célèbres – mais rien n’est anodin dans ce film, tout est nécessaire. Pour nous plonger dans cette tension qui règne entre les allemands et autres. Pour nous faire saisir à quel point il est important pour chaque personnage de bien choisir ses mots lors d’un entretien avec un officier Nazi. À quel point ces situations sont insoutenables.
Chapeau à Christoph Waltz dans le rôle de Hans Landa, probablement la mouche à merde la plus exécrable à avoir vu le jour à l’écran. Sympathique et détestable à la fois, l’acteur est une révélation et est la meilleure chose à ressortir de ce film (parmi plusieurs autres bons éléments). À noter que Tarantino voulait, au départ, avoir Leonardo Dicaprio pour jouer le rôle…
Sur une note personnelle, j’étais content de voir l’acteur classique Rod Taylor (The Birds, The Time Machine) dans le rôle de Winston Churchill. Une courte appartition, mais content de voir l’acteur toujours actif (quoique très vieilli).
Je passe sous silence des tonnes de choses. Mon texte pourrait être dix fois plus long. Peut-être reviendrai-je écrire sur le sujet.
Sachez seulement que Inglorious Basterds est un hommage au cinéma, réalisé par un amoureux de cinéma, un film à la fois sensible, violent, loufoque, touchant, démesuré, révoltant, etc. Impossible d’y rester insensible. Le tout est très cartoonesque, ne vous méprenez pas. Mais il y a assez de réalisme pour qu’on y trouve son compte.
Un grand film, d’un homme qui maitrise son art à la perfection.
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